Le renouveau du Barça avec Valverde

Après un mercato estival mouvementé, avec notamment la « perte » pour le FC Barcelone du brésilien Neymar parti du côté du Paris-Saint-Germain pour la modique somme de 222 millions d’euros, le club catalan était attendu au tournant cette saison. Nouveau coach, nouvelles recrues, nouveau système, la mayonnaise allait-elle prendre ?

Après une demie saison, je pense que tout le monde est unanime quant à la saison du Barça. Le retour d’un jeu attrayant, un mercato plus que bien géré, leader de la Liga avec notamment 19 points d’avance sur le rival de toujours, le Real Madrid. Tout semble sourire aux blaugranas. Décryptage d’une saison sur la voie de la réussite.

 

Sur le papier, un 4-4-2 à plat classique, bien à l’opposé du classique 4-3-3 catalan destiné au jeu de position légendaire qui a fait la renommée du club, sur le terrain c’est une tout autre affaire…

4-4-2 ? 4-3-3 ? 3-5-2 ?

Le système proposé par Ernesto Valverde cette saison est certainement le plus vivant et dynamique que vous verrez sur les terrains européens cette saison. Difficile de croire que ce bon vieux 4-4-2 permette de perpétuer le traditionnel jeu catalan. l’entraîneur basque a montré que peu importe le système, seule l’animation compte. Analysons.

Les latéraux sont ici utilisés comme l’axe d’attaque principal désigné par Valverde cette saison. Très haut dans les couloirs, ils deviennent des « faux-ailiers » des que l’équipe pose le pied sur le ballon et possèdent le couloir entier, libérés par les milieux axiaux en perpétuel mouvement, pour percuter et attaquer les espaces. La méthode n’est pas nouvelle, mais terriblement efficace car elle permet d’apporter une supériorité numérique immédiate dans les derniers mètres en plus d’étaler le bloc sur la largeur (indispensable contre les blocs regroupés). Elle permet également de déclencher un pressing quasi-immédiat à la perte du ballon.

SergiR et Alba positionné très haut contre Levante

Ce positionnement agressif étale le bloc catalan sur toute la largeur du terrain et permet d’ouvrir ainsi des espaces et des intervalles exploitables directement pour les deux équipes. C’est là que le cinquième défenseur entre en action. Pour éviter les contre-attaques fulgurantes, le technicien basque a placé son 6 entre les deux défenseurs centraux pour assurer les transitions horizontales sur le terrain en phase offensive mais également la récupération immédiate du ballon en cas de mauvaise transmission.

Phase offensive barcelonaise :

La gestion des contres adverses et assurée et le ballon reste sous les semelles catalanes. Le positionnement des latéraux et du 6 désoriente directement les adversaires qui auront bien du mal à retrouver un marquage correct mais le surnombre qui est crée permet de conserver le ballon haut et longtemps. Le ballon circule de chaque cotés du terrain et les espaces sont crées au fur et à mesure que la défense adverse perd pied (voir vidéo sur le jeu de position espagnol ici). De plus, les latéraux haut offrent une solution de passe directe pour presque tout les joueurs si le pressing est intense, les dédoublements sont faciles et quand bien même ils sont flagrant aux yeux des défenseurs, ils restent souvent intraitables. Le jeu se fluidifie naturellement  et les triangles apparaissent. Exemple en vidéo.

L’équilibre entier du système repose ici sur l’activité des latéraux et leur capacité à percuter/éliminer un vis-à-vis. Cette interdépendance atteint son apogée lors de la 21éme journée du championnat espagnol contre Alaves.

Après un contre éclair, Guidetti ouvre la marque pour Alaves qui mène 1-0. Dans les couloirs barcelonais, Digne et Semedo sont chargés de faire lien entre défenseurs et attaquants mais la timidité du latéral portugais et les lacunes techniques de Digne laisse à désirer. Le Barça peine à offrir un ballon exploitable directement pour ses finisseurs et le match semble enlisé jusqu’à ce que Valverde échange sa paire de latéraux avec Alba et SergiR. Le match prend une toute autre allure et les catalans se montrent assez persuasifs pour marquer les deux buts nécessaire à la victoire.

   

Les heatmaps des latéraux ce soir là. Un Digne trop limité techniquement pour délivrer le ballon dans les derniers mètres et Semedo trop timide. Alba et SergiR quant à eux n’ont pas hésité à investir les derniers mètres adverses pour devenir encore plus dangereux.

Les stats de la première et de la seconde période illustre encore mieux les lacunes qu’ont eu les titulaires à créer les décalages et attaquer les espaces.

(Le résumé du match est disponible ici)

Penchons nous maintenant sur un des aspects qui n’a pas échappé à la communauté Blaugrana cette saison.

Acheté 40 millions d’euros cet été, le transfert de l’ex-joueur du Guangzhou Evergrande a fait couler beaucoup d’encre. Paulinho, qui fut élu selon les supporters de Tottenham « pire transfert de l’histoire de Premier League », est donc arrivé au FC Barcelone sous une pluie d’apriori et de critiques. 5 mois et demi après son arrivée, 8 buts et 2 passes décisives en 20 matchs de Liga, le brésilien a su faire sa place dans l’effectif d’Ernesto Valverde. Mais cela suffit-il pour être considéré comme une pièce importante du système blaugrana ?

Utilisé comme numéro 8 dans le 4-4-2 catalan, Paulinho se voit souvent, au cours du match, hériter du poste de numéro 9. En effet, lorsque les latéraux ont le ballon, Lionel Messi décroche et échange sa place avec l’un des milieux relayeurs afin d’être au cœur du jeu. Les 8 buts marqués par Paulinho avec le Barça prennent tout de suite plus de sens. Seulement, le jeu catalan requière comme tout le monde le sait, une qualité technique et un sens tactique au-dessus de la moyenne. Ces dernières n’étant pas les qualités premières de Paulinho, il se retrouve parfois dépassé par le jeu, ce qui se traduit par des mauvais choix de passes, ralentissant considérablement l’avancée du bloc barcelonais.

Le fait est que Paulinho n’est pas doté d’un sens du but plus affûté que les autres milieux du barça mais qu’il applique très bien les consignes que Valverde lui donne. En effet, l’un des principaux objectifs du coach basque est de mettre le meilleur joueur de l’histoire de ce sport dans les meilleurs conditions pour faire ce qui le rend si unique. En décrochant de son poste de 9, Messi récupère le ballon très bas mais face au jeu ce qui lui permet de soit distiller un ballon dans un trou de souris entre les défenseurs, soit percuter et percer la défense adverse libérant ainsi des espaces pour lui ou ses coéquipiers. Son poste initial étant inoccupé, c’est à la charge de Paulinho, ou du relayeur qui accompagne Iniesta (parfois Dembélé également) de venir occuper la pointe avec Suarez, libérant à son tour un espace directement exploitable pour Messi ou le latéral. Le marquage de la défense adverse devient un véritable jeu des chaises musicales et trouver l’homme libre devient un jeu d’enfant. On assiste quasiment à une rotation totale des postes sur la moitié droite du terrain.

Placer Messi au cœur du jeu est le moyen le plus simple et le plus efficace de le laisser exprimer son talent hors-normes. Les percussions et décalages qu’il effectue profitent à tout le bloc catalan et le jeu s’accélère quasiment instantanément. Ainsi on assiste quasiment systématiquement à la livraison d’un caviar du prodige argentin pour Paulinho, venu occuper l’espace, ou Jordi Alba, toujours lancer et démarquer dans le dos de la défense.

Il va de soi que chacun de ces mécanismes requièrent une condition préalable pour être mis en place et appliqué : avoir le ballon de manière durable et maîtrisée. Pour y arriver, Valverde a mis en place un pressing ultra-agressif, pas loin de celui de Jurgen Klopp, déclenché quasiment instantanément après la perte du ballon.

En récupérant le ballon aussi haut, les blaugranas peuvent exploiter directement les espaces ouvert du bloc adverse destructuré car en phase de reconstruction. On découvre ainsi une facette encore peu connue du jeu catalan de base, la verticalité et les transitions rapides. C’est là que Valverde a certainement le plus révolutionné la maison catalane. Outre le système ou les joueurs « atypiques » de l’ére Valverde, on assiste lentement à une accélération du jeu et une tendance à rapidement transiter d’une phase à une autre. L’ADN est évidemment toujours le même, à base de rondo grandeur nature, mais le technicien basque y a apporté sa touche personnelle et ça lui réussit plutôt bien pour l’instant.

Résultant plus ou moins du pressing ultra agressif du Real en première période, les 3 buts du Barça lors du classico illustre bien cet aspect nouveau du jeu barcelonais.

Bloc bas et attentiste, le Barça n’a vraiment pas eu d’autres choix face au pressing violent du Real Madrid en première période. Zidane avait sûrement prévu de marquer dès le départ pour tuer le match rapidement mais le sort ne lui à pas donner raison et il en a payé le prix fort en seconde période. Avec des joueurs lessivés, les espaces se sont dessinés naturellement sous les yeux frais des catalans qui n’ont pas eu de mal à les exploiter directement pour planter 3 buts dans la maison ennemie. En résistant patiemment dans les 45 premieres minutes, les hommes de Valverde ont littéralement pu ouvrir le Real sous les consignes avisées du coach basque. Pour aller plus loin sur le classico : l’article de @PremiereTouche sur le match ici.

 

Seuls les titres manquent au tableau pour le sublimer. Avec 9 points d’avance sur le deuxième et 18 sur le troisième, rien ne semble pouvoir empêcher le Barça d’empocher son 25éme titre national et certainement sa 30eme coupe nationale après l’élimination du rival en historique en quarts de finale. Sur le plan européen, l’affaire semble plus compliqué mais le Barça se positionne déjà aujourd’hui comme ‘l’un des grands favoris de l’édition 2017-2018. Une chose est sûre, Valverde a déjà apporté beaucoup à la maison catalane en une demie-saison et la suite risque d’être encore plus excitante pour le technicien comme pour toute la communauté derrière.

Mehdi, administrateur de la plus grande communauté blaugrana française sur Twitter nous donne son avis le cas Valverde et l’évolution du Barça cette saison :

– Son avis sur Ernesto Valverde : Valverde il a su re-dynamiser l’équipe. Été difficile (Neymar, Supercoupe) et grâce à sa personnalité, avec tact, diplomatie, intelligence il a protégé l’équipe et a continué à travailler sans faire de bruit. Début de saison -> tactique « bancale » basée sur ses individualités (Ter-Stegen, Umtiti, Busquets, Messi) mais qui avait pour but de rassurer tout le monde. Ensuite petit à petit (vers début décembre) on a vu les idées qu’il avait pour l’équipe et on a vu des principes de jeu revenir (sortie de balle, pressing haut/coordonné/en équipe). Là on arrive à la deuxième étape du processus : affiner sa tactique -> plus grand force collective, de meilleurs circuits de passes, des meilleures décisions collectives, de la maîtrise. Pour conclure sur Valverde en 4 axes : intelligence, adaptabilité/lecture du match, temporisation/contrôle du jeu, pressing à la perte de balle.

– Son avis sur le reste de la saison : Optimisme mais… l’équipe va devoir monter en puissance et rester dans la continuité. Le duel face à Chelsea va dicter le reste de la saison. Valverde doit faire avec un effectif qui est finalement très hétérogène (des cadres qui font partie des meilleurs à leurs postes et certains seconds couteaux incapables d’être un titulaire viable dans un petit match de Liga) Valverde va devoir travailler sur d’autres options (que le 4-4-2) pour surprendre et la présence ou non de Dembele sera importante, par son profil. Le piège pour Valverde (et il est intelligent, j’ai espoir qu’il évite cela) c’est se reposer sur une idée et ne pas la développer, pas l’améliorer. Il est là le défi de cette 2e partie de saison : la continuité (dans les résultats, défensivement) mais aussi surprendre tactiquement’ l’adversaire, c’est comme ça qu’on pourra aller loin en LDC.

– Son avis sur la gestion du club et la Masia : Le board est ce qu’il est. Il néglige de nombreuses valeurs historiques. Concernant la Masia on a un souci : double gestion -> des benjamins aux cadets c’est Jordi Roura (très bien) et ensuite Juvenil/Équipe B c’est Segura (…)… et là problème qui se pose : difficulté pour les Juvenils d’arriver en B et en B, de nombreux joueurs ont été recrutés de l’extérieur… donc aujourd’hui on a une équipe B composée énormément de joueurs non-Masia dans l’optique de maintenir l’équipe or le but c’est de former les joueurs de la B à arriver en A… donc beaucoup de jeunes, voient déjà des difficultés à atteindre la B alors pour la A ce sera de plus en plus compliqué.. L’espoir, encore une fois : Valverde. Il observe souvent les jeunes, de nombreux jeunes s’entraînent souvent avec la A et il semble très satisfait de Aleña, Arnaiz, Oriol Busquets. Des joueurs qui pourraient être en A l’an prochain. Valverde a le profil pour plaire à ce board donc c’est quitte ou double : soit il va couler avec eux dans leur mauvaise gestion générale. Soit il impose des idées et vu qu’il plaît à la direction, il va pouvoir redresser la barque.

 

Article écrit en collaboration avec @AdnanAB28

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