Guardiola et son jeu de position version Citizen

29 buts en 8 matchs, 3,65 buts par matchs, 7 victoires et un nul en 8 matchs dont 3 contre des équipes du big 6, 65% de possession en moyenne et 19 tirs en moyenne par match. Si les statistiques insolentes de Manchester City cette saison donnent mal au crâne, le jeu proposé par ces derniers est là pour apaiser vos maux. Après une saison en demi-teinte et une élimination en quart de finale de Champions League, les hommes de Guardiola affichent un niveau monstrueux et une faim de titres qu’ils risquent d’étancher très prochainement… 

Un jeu de position exacerbé, de la possession, de la verticalité, du jeu entre les lignes et un pressing haut. Pep, fils spirituel de Cruyff, perpétue la tradition catalane dans toute sa splendeur chez les sky blues. Plusieurs principes de jeu récurrents sont identifiable chez Guardiola qu’on peut aisément séquencer en 3 phases :

  • Relance au sol depuis la charnière centrale, jeu en triangle et recherche de l’homme libre
  • Déséquilibre du bloc adverse et création d’espaces
  • Exploitation des décalages et percussion

via Analysport.fr

Supériorité numérique avant tout

Le jeu de Guardiola est souvent réduit a un simple jeu basé sur la possession et la conservation or selon ses mots :  « la possession est avant tout un travail de préparation ».  Il est ainsi nécessaire d’amener ses joueurs dans les meilleures conditions pour exploiter le moindre espace. Cela passe tout d’abord par une supériorité numérique constante, de la ligne défensive à la ligne intermédiaire et dans le dernier carré.

Sans supériorité numérique la sortie de balle est longue est fastidieuse. Il est très difficile de placer son bloc et manoeuvrer celui de l’adversaire sans sortir préalablement un ballon exploitable facilement.

Fernandinho venu créer la supériorité numérique sur la ligne défensive contre le Shaktar.

L’incroyable variété de systèmes travaillés à l’entraînement par Pep permettent une adaptation quasi-immédiate et une grande souplesse du schéma mancunien. Gardez à l’esprit que lors de son passage en Bavière, il avait usé pas moins de 23 systèmes différents sur 3 saisons, dont parfois 3 différents sur le même match.

Le simple fait de se placer en supériorité numérique permet une vision immédiate de l’homme libre tant recherché dans le jeu de position.

Fixer puis ouvrir

Une fois le ballon amené dans l’espace de progression (voir schéma plus haut), le véritable jeu de position se met en place. Permutation, mouvement entre les lignes, appels/contre-appels et appels dans le dos. Une véritable symphonie parfaitement synchronisée se met alors en place. Le but ? Déstabiliser le bloc adverse en créant des espaces favorables au 1 contre 1 ou l’exploitation directe d’espaces. On peut résumer l’idée principale au fait de surcharger un coté pour ouvrir l’autre.

« Dans tous les sports collectifs, le secret est de surcharger un coté du terrain pour amener l’adversaire à faire pencher sa défense en réaction »- Guardiola dans Herr Pep, de Marti Perarnau.

Une palette pleine de « gribouillis » vaudra certainement mieux qu’un pavé pour détailler le procédé dans son ensemble.

 

Comment exploiter ?

Après avoir vu comment s’organise le jeu depuis le gardien, observons ce qu’il se passe derrière la ligne médiane. Le Juego de Posicion pour nos amis d’Espagne, ou bien Positional Play en Outre-manche, repose sur plusieurs principes nuancés selon l’entraîneur à l’origine :

  • L’Homme libre
  • La conducción
  • Jeu en triangle (corollaire des 2 idées précédentes)
  • Largeur et profondeur
  • Intervalles et espaces
  • Fixation
  • Orientation du corps

Le mot « conducción », barbare au premiers abords, désigne simplement l’action de conserver le ballon dans le pied jusqu’à ce qu’un joueur adverse lâche son marquage pour venir presser. Un homme libre est crée.

« Les défenseurs centraux ont le ballon et l’un d’eux est libre, car on a toujours un défenseur de plus que les attaquants adverses. Dans ce cas, Puyol monte avec le ballon jusqu’à ce qu’un adversaire vienne s’opposer à sa progression. Si cet adversaire était le joueur à mon marquage, alors je deviens l’homme libre. Si cela avait été celui au marquage d’Iniesta, alors Iniesta était l’homme libre. »– Xavi Hernandez

Largeur, profondeur, intervalles et espaces. Quatre piliers du jeu de position, essentiels au déséquilibre du bloc adverse tant désiré. On pourrait résumer cela de cette manière : Sans largeur, il n’y a pas de profondeur. Sans intervalles, on ne trouve pas les espaces. 

Une fois la ligne de pression adverse fixée, il est essentiel pour celui qui reçoit la balle d’être bien orienter, face au but et donc en mouvement. Si le joueur reçoit le ballon statique, dos au but, la ligne de pression adverse se replace et tout est à refaire. Guardiola insiste énormément sur ce point dans ses entraînements.

 

De Bruyne, homme à tout faire de Guardiola ?

100 matchs, 38 passes décisives, 25 buts. À 26 ans, Kévin De Bruyne semble avoir atteint cette saison la maturité nécessaire pour guider ses hommes dans les différentes compétitions qu’ils disputent. Un milieu ultra lucide, capable de faire les bons choix au bon moment. D’une justesse technique époustouflante. KDB est désormais un joueur capable de faire envie à n’importe quelle équipe d’Europe.

« Il est pour l’instant le deuxième meilleur joueur en Europe », a assuré son entraîneur Pep Guardiola en conférence de presse.

Dans ses 3 precedentes équipes, Guardiola basait le jeu de son équipe sur un métronome. Xavi pour le grand Barcelone. Plus ou moins Thiago et Lahm au Bayern. De Bruyne semble se dessiner comme le métronome de Man City version Guardiola.

La saison de la vérité ?

Même si cela ne reste que des chiffres, Manchester City a l’effectif le plus cher d’Europe devant le PSG. Il faut dire qu’avec 244 M€ dépensés lors de ce mercato estival, les Citizens n’y sont pas allés de main morte avec leur chéquier.

via Transfermarkt.fr

 

Attendu au tournant par toute la planète foot, Guardiola et ses hommes devront faire face aux foudres des médias et du public en cas de seconde saison blanche d’affilée. Outre le jeu de position exacerbé et les prodigieux joueurs qui le pratiquent, une saison sans titre au bout ne vaut rien et le passage de Pep en Bavière lui aura sans doute appris l’importance d’un trophée pour légitimer son oeuvre.

L’éternelle opposition entre le supposé beau jeu d’un Marcelo Bielsa et le réalisme d’un José Mourinho. Gagner ou faire du beau jeu ? Nombre d’équipes ont allié les deux raflant tout sur les passages. Pep Guardiola lui-même a sans doute dirigée l’une des plus grandes équipe de l’histoire de ce sport mais également l’une des plus belles à Barcelone. Plus que jamais des titres sont nécessaires. Après une expérience au Bayern en demi-teinte à cause d’un mauvais parcours européen, même si de nombreux points positifs sont à retenir de ces 3 saisons. La faim de titre de la jeune écurie Sky Blue pourrait avoir raison de son entraîneur, peu importe la qualité du jeu qu’elle pratique.

 

 

5 commentaires sur “Guardiola et son jeu de position version Citizen

  1. Bonjour.

    Malgré mon age, je suis plutôt novice en tant qu’amateur de football, et de lire vos articles m’aide beaucoup à apprécier un peu plus le « fond de jeu ». (je déteste ce terme fourre tout)

    J’aime beaucoup que vous semblez pas vous embêter à trop vulgariser le contenu. (c’est peut être mes connaissances limitées qui me font dire ça))
    La vidéo est très très sympa pour mettre en image des explications difficile à appréhender dans mon cas.
    La mise en page claire rend le tout agréable à lire.

    Du coup il me vient une grosse envie d’aller plus loin.
    Par exemple, sur cet article, je reste sur ma faim par rapport à celui de Ranieiri qui me parait plus complet.
    Autre chose, ce serait bien des petits articles éclaircissant des notions basiques du football ou des modèles classiques.
    Je pense par exemple à ce qu’implique des transitions attaque/défense, le catenaccio, l’homme libre, le rôle des latéraux modernes, bref, des trucs un peu plus spécifiques qui permettent d’appréhender/construire un schéma tactique. (avec pleins de vidéos ou de dessins 😀 )

    Quoi qu’il en soit, merci pour ce qui a été fait.

    1. Bonjour, merci beaucoup d’avoir pris le temps de tout lire. Je n’ai pas eu beaucoup de temps ces derniers mois pour continuer d’écrire ici mais je compte m’y remettre bientot (cela demande beaucoup de temps haha), quant aux articles sur les notions basiques, pourquoi pas haha c’est une très bonne idée. J’essayerais de me pencher dessus.

      Merci à toi 🙂

Laisser un commentaire