La méthode Ranieri version Canari

Avec le 9eme budget de Ligue 1 (45M€) et 11eme effectif le plus cher de France (56M€), le FC Nantes, mené par le génial Mister Ranieri, est 3éme de Ligue 1 après 10 journées. Après un début de saison mitigé et 2 revers de rang (3-0 vs Lille et 0-1 vs Marseille), les canaris se sont repris en main et poursuivent aujourd’hui une série de 8 matchs sans défaites, dont 2 nuls et par conséquent 6 victoires pour rafler 20 points sur les 30 possibles. Outre ces chiffres très flatteurs, les nantais proposent un jeu très précis basé sur un plan de jeu défini et facilement identifiable. La patte italienne de Mister Ranieri est évidemment omniprésente et le catenaccio se montre une fois de plus efficace. Analysons tout cela.

On ferme la porte de la maison…

 « Je dis toujours: fermons la porte de la maison. Si tu ne fermes pas la porte, les voleurs entrent et te volent tout. » Claudio Ranieri à l’Equipe.

Oscillant entre 4-4-2 et 4-2-3-1, le système utilisé par Ranieri cette saison est à peu près le même à chaque match. Ces 2 schémas offrent une assise défensive  et une couverture des espaces optimale essentielle à la mise en place du jeu italien.

FC Nantes - Football tactics and formations

Plusieurs fondamentaux sont mis en oeuvre pour assurer le bétonnage de la maison jaune cette saison. Les plus importants :

  • Placement constant entre le ballon et les buts
  • Densité autour du porteur de balle et fermeture des intervalles, verticaux comme horizontaux
  • Permutation entre ailiers, milieux et latéraux
  • Bloc équipe qui avance quand le ballon recule

Lors de phase d’attaque placée adverse, les nantais mettent en place un bloc ultra compact et très mobile capable de coulisser très rapidement d’une aile à l’autre sans se faire déborder. Les intervalles verticaux/horizontaux sont presque instantanément colmatés et le porteur se retrouve vite obligé de sortir faute de solution. Cette phase de défense placée face à Bordeaux illustre bien cette excellence défensive.

Sur ces 39  secondes de vidéo, on retrouve déjà une bonne partie des concepts énumérés plus haut. Une défense mobile, compact qui coulisse bien, ferme ses intervalles, anticipe, coupe, permute et repousse. Allons plus loin dans notre analyse et décomposons une phase de défense placée type de Nantes cette saison.

On retrouve dans cette palette, les principaux composants de l’organisation défensive nantaise de Ranieri. Plusieurs facteurs comme l’arrivée du portier roumain Tatarusanu cette été contribuent à cette excellence défensive. Avec des centraux tels que Diego Carlos et Pallois, qui se montrent plus qu’au niveau cette saison, et un Léo Dubois sous son meilleur jour, les filets nantais risquent d’être calmes pendant un bon moment encore cette saison. NB : À noter la position des pieds et des épaules d’Awaziem vers l’extérieur du terrain lorsqu’il vient cadrer le porteur, pour inciter à déborder et s’enfermer sur l’aile.

L’ensemble de ces mécanismes constituent la base du travail de Ranieri cette saison une base qui peut, au premier abord, se montrer  peu élégante comparé à jeu de position et un pressing guardiolien (voir mon article sur ce dernier ici) mais on retrouve ici le fruit de 26 années d’entraînement et de l’héritage historique italien du technicien italien. Il ne s’agit pas là d’un refus de jouer (comme pourrait le faire un certain entraîneur originaire de Setubal…) mais une véritable volonté d’imposer son jeu à la manière du Milan AC de 1990 dirigé par l’incroyable Sacchi qui explique : « On défendait en attaquant. »

L’application de ces principes, inhérent au catenaccio, se sont pour l’instant montrés efficace. Nantes se retrouve 5éme au classement des xG concédés (1,09) et 5éme en termes de tirs cadrés concédés par match (3,60) derriére le PSG et Monaco notamment. (Cotestats.fr). La stat qui symbolise le mieux cette excellence défensive reste le nombre de buts encaissés depuis le début du Championnat par les canaris : 7. Soit moins que 78 autres équipes du Big 5 européen (sur 98). Également moins que le PSG, Monaco, Chelsea et autant que le Real Madrid.

 

via l’Equipe

 

Organisation et décoration

Avec une telle préparation au travail défensif, il est logique de se dire que la puissance offensive est forcément limitée. Et les 9 pauvres buts inscrits lors des 10 journées de Ligue 1 ne peuvent qu’appuyer cette théorie. Tentons néanmoins de décrypter les stratégies mises en place à la récupération du ballon.

« Une fois que tu as fermé, tu peux organiser et décorer comme tu veux. » Claudio Ranieri à l’Equipe.

La position du bloc et la récupération basse des nantais implique forcément une projection rapide vers l’avant une fois le pied sur le cuir. Une fois ce ballon récupéré il est impératif d’orienter le jeu vers un nouvel espace sous peine de rencontrer les attaquants adverses en plein repli. Cette phase de transition est généralement assuré par le double pivot capable de combiner avec les latéraux et les ailiers.

 

 

Une fois le premier rideau passé, une recherche du triangle et de l’homme libre (voir l’article sur Guardiola ici) se met en place. Permutation, dédoublements et mouvements entre les lignes sont les maîtres mots pour créer le décalage. Une des pointes décroche généralement pour créer un triangle supplémentaire avec le latéral, le relayeur ou l’ailier. Il est également important d’avoir des joueurs en mouvements et disposés sur différents étages (en escalier souvent) pour faciliter la création d’intervalles et donc d’espaces. Ce circuit permet à un des deux joueurs de couloirs de déclencher un centre dans la surface ou de s’infiltrer dans l’un des deux half-space et armer une frappe.

 

 

Évidemment il ne s’agit pas là d’une formule magique du football capable d’ouvrir n’importe quelle défense mais Ranieri propose tout de même des phases offensives plutôt riches malgré le peu de ballon que les canaris conservent (43% de possession par match en moyenne). Si le choix du coach concernant sa priorité sur le terrain semble évidente, il est n’est pas impossible de voir le FC Nantes pratiquer un football bien plus offensif et intense d’ici quelques journées, comme il a pu le faire avec Leicester.

En attendant, concentrons nous sur le circuit emprunté pour cheminer jusqu’au but. Le choix d’un cheminement rapide de la récupération à la finition implique des joueurs ayant une condition physique exemplaire capable d’assurer le repli sur chaque erreur/perte de balle. Un double pivot box-to-box et des pistons en guise de latéraux deviennent alors primordiaux pour assurer l’équilibre du système.

Sur le peu de matchs disponibles en replay et le peu de séquences exploitables, celle-ci représente plutôt bien l’animation offensive nantaise. On retrouve un jeu plutôt rapide et très vertical malgré tout. Les redoublement de passes et jeu en triangle viennent ouvrir un intervalle sur l’aile qui, au début de l’action, était encore inondé d’adversaires. Le plan nantais semble clair : déstabiliser le bloc adverse rapidement sur un jeu décalages et de contre-pieds en dédoublant/redoublant les combinaisons et exploiter rapidement les espaces créés. Cela implique forcément une grosse utilisation des ailiers et des latéraux capables de permuter à tout moment pour venir exploiter l’aile et créer le danger dans la surface. Ça a été le cas de Lucas Lima qui a joué ailier pendant plusieurs rencontres alors qu’il jouait latéral la saison passée. Ranieri pourra s’appuyer sur l’effectif le plus fourni du championnat avec pas moins de 32 joueurs sous la bannière nantaise.

vie Transfermarkt.fr

Après avoir parfaitement huilé sa défense, il ne serait pas étonnant de voir Ranieri travailler plus de situations avec le ballon et enrichir le catalogue offensif de son équipe. En élargissant son choix d’options en attaque, les jaunes et verts pourraient bien devenir de sérieux outsiders et venir titiller le haut de tableau pour un bon moment.

Quelle place pour ce Nantes là ?

Actuellement 3eme de Ligue 1, à 2 points du deuxième et un point du quatrième, il semble compliqué pour ces canaris d’aller chercher une place en Europe, qui serait déjà énorme en soit, mais la question à le mérite d’être posée quand on connaît le passé du technicien italien. Avec un calendrier plutôt clément et sans une épidémie de blessures, les nantais peuvent embêter le traditionnel top 3 français.

« On a un coach qui réfléchit, qui sait utiliser les joueurs par rapport aux qualités qu’ils ont, ce n’est pas donné à tout le monde, mais il a été le meilleur coach du monde en 2016. Il est dans la continuité de Conceiçao et ce n’était pas évident d’assurer une continuité dans un autre style. C’est un tacticien hors-pair », a souligné le dirigeant polonais, Waldemar Kita.

Avec une moyenne d’age relativement faible (24 ans environ) et un Ranieri qui a voyagé aux 4 coins de l’Europe, il semble primordial pour l’entraîneur italien de s’installer définitivement dans un club pour y assurer la pérennité du projet sportif sur le long terme et non un succès éphémère comme on pourrait qualifier son aventure à Leicester. On peut en revanche affirmer sans problème que le passage à témoin du précédent entraîneur Conceiçao s’est bel et bien effectuée et que les nantais sont plus que jamais à l’affût d’une place en haut de tableau.


 

 

 

 

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